La mascarade du bonheur…

Alima est la nouvelle voisine d’en face. Alima est belle, souriante. Alima a de beaux enfants et un mari charmant.  Ils ont emménagé il y a une année. Elle sort chaque jour acheter du pain au moment où je vais travailler. J’aime bien la croiser, voir son joli sourire. Elle ressemble à ces gens qui vivent le bonheur parfait. Pourtant, un jour, en rentrant du bureau, j’ai vu une ambulance garée devant notre immeuble. De chez Alima, les urgentistes sortaient un corps. Elle venait de se suicider.

Je ne comprenais pas, je n’ai jamais pu comprendre. Ne souriait-elle pas tout le temps ? N’était-elle pas la femme parfaite, avec le mari parfait et des enfants parfaits ? Ne vivait-elle pas une vie de rêve ? Quels sont donc ces monstres qui l’ont poussée dans la fosse ?

C’est donc cela la véritable face de la misère du cœur ? Un visage aimant et avenant ? Des sourires aux allures sincères à faire pâlir un croissant lunaire ? Est-ce donc à cela que se résument nos vies ? Paraitre. Paraitre bien. Paraitre fort. Tenir bon. Projeter une image de soi tellement joyeuse, qu’on finit par y croire. Mais qui peut mentir à son miroir ? Qui peut prétendre ne pas entendre ce que murmure la Nuit à nos sens quand son ombre s’étend et reflète nos pires émotions. Ces choses que l’on cache au soleil, aux autres, parfois même à soi. Surtout à soi. Qui peut prétendre ne pas connaitre la profondeur de son abîme ?

Combien sommes-nous à être comme Alima ? A réprimer nos démons. A faire la sourde oreille lorsqu’ils tapent aux portes de notre conscience, nous poussant à appeler à l’aide. Combien sommes-nous à porter des masques. A prétendre que tout va bien. A croquer la vie à pleines dents alors qu’un feu nous consume de l’intérieur ? Combien d’Alima sommes-nous ?

A bien y réfléchir, ne les avais-je pas un jour vues ces ombres dans le regard d’Alima ? Ce seul et unique jour où il m’a semblé que son regard reflétait son mal être. Vous le savez bien que c’est possible. Voir derrière tous ces masques. Il est possible quand on sait ce que c’est que de devoir se cacher des autres, de soi. Mais il est tellement plus facile de nier la vérité qui blesse, celle qui dénude. Toutes ne sont pas toujours jolies à voir. Alors on préfère prétendre. Sourire. Avancer. Paraitre.

Mais on s’est vus, Alima et moi. Elle savait que je l’avais vue ce jour-là. Est-ce la raison pour laquelle je suis le seul et unique destinataire de la lettre qu’elle a laissée ? Une tentative désespérée d’être un jour comprise. Vous voudriez bien que je partage avec vous l’histoire d’Alima ? Les ombres d’Alima ? La peine d’Alima ? Le véritable visage d’Alima ?

Etes-vous prêts à plonger dans vos abysses ? A défaire le nœud qui vous étreint l’âme ? Sommes-nous si différents d’Alima ? A poster mille et une photos à vivre de « j’aime » de « fav » et « Rt » de commentaires flatteurs ? On se fiche pas mal qu’ils soient sincères tant qu’ils flattent l’ego ! On se nourrit dans les réseaux sociaux. On comble les maux de notre génération : le besoin d’attention, le manque de confiance en soi, le mal être. Qui êtes-vous lorsque le soleil tombe ? Vous ou Alima ?

Publié par NhappyLawyer

Le cœur au bout de la plume...

4 commentaires sur « La mascarade du bonheur… »

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